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3 questions à Jérôme Vignon, président des semaines sociales

Les 20, 21 et 22 novembre prochain, se tiendra la 84e Semaine Sociale de France, à Paris. Les participants pourront assister à des conférences et participer à des ateliers, autour de la thématique "Nouvelles solidarités, nouvelle société". Cette année, la Société de Saint-Vincent-de-Paul a contribué à la préparation de l'atelier : "La famille revisitée". Jérôme Vignon, président des Semaines Sociales de France présente cette 84e édition. Interview.

- Quel est l’objectif visé par cette 84e Semaine Sociale ?

Il s'agit, comme c'est devenu la tradition des Semaines sociales, de partir d'une interrogation commune à l'ensemble de nos concitoyens, pour en approfondir la signification et apporter, sinon une réponse, du moins une contribution issue de l'expérience humaine que donne la foi.

La prochaine session se présente comme un moment de ce dialogue. Nous y réfléchirons sur les causes de l'affaiblissement du lien social et plus concrètement sur l'apport de formes nouvelles de solidarité, qui créent des liens au-delà d'un simple soutien. La variété des domaines où se manifestent ces nouvelles solidarité : entreprise, éducation, famille, logement, santé, territoires urbains et ruraux, est telle que l'on peut raisonnablement s'interroger , surtout dans ce moment critique où vacillent beaucoup d'automatisme et de lieux communs: n'y-a-t-il pas là l'embryon d'une autre croissance , d'une autre manière de faire société ? Ces nouvelles solidarités pourraient-elles être l'expression moderne de cet esprit de charité, dont le Pape Benoît XVI, dans la dernière encyclique demande qu'il s'incorpore d'avantage dans le tissu social et économique, plutôt que de rester à ses marges?

Du point de vue de la société de Saint –Vincent de Paul, comme de l'ensemble des institutions diaconales chrétiennes, il y a là un sérieux défi. Il pourrait signifier , en somme , qu'il faut certes continuer d'exercer une mission fondamentale de manifestation immédiate de l'amour divin, mais qu'il faut aussi , et en même temps, contribuer à insuffler un esprit de don dans les structures "principales " de l'économie que sont l'entreprise et les institutions de la protection sociale. Aussi n'est-ce pas par hasard que pour cette session, un partenariat spécifique a été établi entre les Semaines sociales et le Secours catholique, l'une des plus importantes organisations diaconales en France. .


- Selon vous, serait-ce à l’État d’assumer le rôle des associations, ou les deux peuvent-ils être complémentaires ?

Nous sommes donc, pour la France toujours, dans l'ordre de la complémentarité entre structures privées et protection sociale ou assistance publique.

Aujourd'hui, la relation entre l'Etat et le monde associatif en général passe par une phase critique que nous n'aurons sans doute pas la capacité d'analyser ne détail au cours de la prochaine session des Semaines sociales, et qui mériterait en soit un approfondissement de part et d'autre. Un aspect de cette crise est budgétaire: en ces temps de contrainte financière et de rareté des fonds publics, le contrôle de l'Etat se fait plus tatillon, certains diront plus bureaucratique. Pour ma part j'estime que 'Etat à le devoir d'exiger la transparence sur l'utilisation des fonds qu'il confie sous diverses formes. Mais il y aurait aussi, réciproquement, beaucoup à dire sur la lourdeur de certains processus administratifs et sur le manque de concertation qui rendent très difficiles une gestion prévisionnelle des associations.

Mais la crise est sans doute plus profonde que seulement financière. Au fond, Etat, autorités publiques et associations sont ensemble interpellés par le thème sous jacent aux Semaines sociales prochaines, à savoir l'affaiblissement du lien social. On devrait donc s'asseoir autour d'une table, là aussi, pour faire une analyse, un diagnostic partagé, et revoir ensemble ce qu'implique une approche de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion qui prenne en compte d'avantage le travail et qui aborde avec clarté la question de l'insertion des jeunes et la question de l'exclusion répétitive des personnes en situation précaire. Peut-être verrons-nous cette question émerger au cours des débats de la session prochaine. )

- La Société de Saint-Vincent-de-Paul participe, lors de cette 84e Semaine Sociale, à un atelier sur le thème de la famille revisitée. Pourquoi les Semaines Sociales s’intéressent à la famille dans les nouvelles solidarités ?

Je me réjouis vivement de ce que la Société de Saint Vincent de Paul ait pris une part aussi directe à l'animation d'un atelier de la prochaine session. Nous devons, comme Semaines sociales, valoriser bien d'avantage l'expérience des mouvements chrétiens, particulièrement des mouvements de la "diaconie de l'Eglise", pour prendre le langage ecclésial. Ils apportent en effet à la société, pas seulement à nous chrétiens, un savoir irremplaçable sur les réalités sociales, le savoir qui est nourri de l'amour, de cette attitude de don mutuel qui caractérise depuis son origine la Société. Mais cette information mutuelle entre diaconie et société civile et pouvoirs publics ne peut se faire sur des bases générales: il lui faut des terrains concrets. La famille en est un, à l'évidence.

La question familiale fait partie intégrante de la doctrine sociale chrétienne. Celle-ci met l'accent depuis toujours sur l'idée que le lien social se construit à partir des cellules les plus petites de la société. Le lien social se construit d'abord dans le cœur de chacun, mais cette construction elle-même prend appui sur l'apprentissage du lien interpersonnel au sein de la famille. L'état de santé général des familles est donc un bon baromètre de la cohésion de l'ensemble de la société. Réciproquement on observe aujourd'hui que bien des drames d'exclusion durable trouvent leur origine dans un échec de la vie familiale. Tel est le fond de décor qui amène l'Etat comme les associations à réinvestir le champ familial et à cesser de se montrer indifférents aux charges et aux ruptures qui affectent les familles.

En même temps, les familles évoluent, et pas uniquement dans un sens négatif au regard de la foi chrétienne. Il est clair que la banalisation des ruptures familiales, l'indifférence à l'égard de la spécificité des rôles masculins et féminins , paternels et maternels sont un sujet d'inquiétude justifiée pour les catholiques qui doivent continuer de porter, souvent à contre courant, une conception familiale ordonnée par la fidélité et le respect mutuel des générations.. En même temps, comment ne pas reconnaître les aspects positifs du décloisonnement des rôles entre homme et femme et la plus grande liberté dans la relation entre parents et enfants? Le monde bouge autour de nous. Il sollicite d'avantage la capacité d'agir et de décider librement: la famille devient aussi, plus que jamais si j'ose dire, un lieu d'apprentissage de la liberté. Or il n'y a pas de vrai lien social sans liberté des individus, sans leur capacité à assumer autant que possible leurs choix et responsabilités. Il faut donc créer autour des familles un environnement qui leur permette d'être le premier lieu de ce double apprentissage : celui du lien et de son maintien dans la liberté.

 

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