Interview de Bruno Dardelet, nouveau Président de la SSVP
Nouvellement élu, Bruno Dardelet présente ses souhaits en tant que président national de la SSVP.
1 – Bruno Dardelet, après une période un peu tumultueuse, vous avez été réélu Président national de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Comment vivez-vous cette réélection ?
Je la vis comme un formidable espoir. Parce que cette période difficile, loin de réveiller seulement les passions, a révélé surtout des enthousiasmes. La forte mobilisation qui l’a accompagnée a permis aussi que l’ensemble du mouvement s’interroge au plus profond de nos départements. Et ce temps est devenu aussi un temps de prospective bien compris.
Je suis à nouveau aujourd’hui Président national de Société de Saint-Vincent-de-Paul et je savoure cette élection, non comme une gloriole personnelle, mais comme un signe fort de renouveau.
2 – Quel type de Président souhaitez-vous être ?
Serais-je assez convaincant si je répète à nouveau ce que je n’ai cessé de dire et de montrer ces derniers temps, en affirmant que je n’aie d’autre souhait que de rassembler. Parce que même si la diversité existe dans nos rangs, et même si cette diversité est foisonnante, il m’apparaît qu’elle ne peut être désordonné.
Nous devons savoir nous rassembler sur de grands sujets, de grands débats, de grandes actions… pour marquer notre présence et nos engagements, ensemble, d’une même voix. Et je maintiens que c’est en ce sens que nous devons avancer. Sans avoir peur de convaincre.
Ces engagements rassembleurs, nous les avons vécu au X ° anniversaire de la Béatification de Frédéric Ozanam, à nos colloques, à nos Congrès de Montpellier et Lille, mais aussi à l’Université d’été pour les jeunes. Nous le revivrons à Marseille, et dans d’autres occasions que le Conseil d’Administration entend mettre en place. En respectant tous nos engagements, ceux que nous avons présenté dans notre argumentaire électoral en s’appuyant sur Cap 2013, et qui – en nous élisant – a été largement approuvé le 18 octobre dernier.
3 – Pensez-vous que cette réélection va permettre de tourner la page sur un certain nombre de problèmes et de ramener la paix au sein de la Société ?
Dans le journal que j’avais créé dans le collège de ma jeunesse (et où j’avais découvert la Société de Saint-Vincent-de-Paul en participant à une Conférence), j’avais inscrit ces quelques mots « la paix est une création continue ». Rien de bien génial, je l’accorde, dans cette expression. Mais un sens très réel d’un engagement qui ne m’a jamais quitté.
Oui, la paix est une création continue. Notre Mouvement en a besoin. Notre engagement et les premières décisions que le Conseil d’Administration a accepté de mettre en Å“uvre à ma demande ne tarderont pas, je l’espère, à montrer – selon la belle expression d’Alfred Sauvy parlant des jeunes – que « les fruits passeront et dépasseront la promesse discrète des fleurs ».
4 – Comment allez-vous intégrer les critiques portées par vos adversaires lors des élections, notamment sur le plan des finances ?
Je préfère parler de contradicteurs que d’adversaires. Ceci précisé, je le redis tout net, ces critiques n’étaient pas justifiées. Et nous l’avons dit. Nous nous sommes appuyés pour tenter d’en convaincre sur le rapport et les avis autorisés de notre Commissaire aux Comptes et de notre expert-comptable.
Nous avons reçu, quand ils ont bien voulu répondre à notre invitation, ceux qui ont souhaité recevoir des explications. Et, concernant plus particulièrement le legs Fehrenbach qui est revenu souvent dans des propos parfois excessifs, je ne puis faire autrement que de signaler que le Commissaire aux Comptes de l’UOF, saisi par son client, après avoir largement étudié tous les éléments qu’il souhaitait avoir à sa disposition a rendu un rapport qui efface sans ambiguïté tous les doutes crée par cette controverse.
Pour aller plus loin, et comme le prévoyait notre programme, dès le premier Conseil d’administration, j’ai demandé que soit créé le « comité de surveillance, vérifiant le respect des décisions budgétaires et le bon emploi des fonds ». Nous avons proposé aux animateurs des listes qui se présentaient à l’élection du 18 octobre d’envoyer un de leur membre à ce Comité. Pour garder une stricte neutralité, il sera composé de membres qui ne siègent pas au Conseil d’Administration (à l’exception de l’élu au Conseil venant de la liste « Réconciliation » qui y a naturellement toute sa place).
5 – Quels sont les premiers chantiers de CAP 2013 que vous allez mettre en place ?
Le premier chantier, c’est de mettre notre équipe en ordre de marche. Nous l’avons fait dès les premières semaines, répartissant les tâches, les sujets à traiter, organisant les commissions et les ateliers de travail, nommant les responsables et ceux qui vont les accompagner (y compris certains qui ne sont pas élus, de quelque « camps » qu’ils viennent).
Cela étant, j’ai souhaité que l’on redonne en priorité toute sa place à la Commission spiritualité. Le Père Jérôme Delsinne (cm), notre Conseiller spirituel national, a accepté cette mission dont il est le responsable. Et sans attendre, il va nous faire réfléchir sur « l’espérance », qui est le thème choisi pour l’année par nos récents « États généraux de la spiritualité » au Berceau et que les circonstances ne nous avaient pas permis de valider. Maintenant, nous pouvons avancer…
Par ailleurs, je crois que la période économique mondiale que nous vivons aussi en France aura des retombées graves et profondes dans le secteur d’action qui est le nôtre. Je crois surtout que nous allons devoir plus que jamais pratiquer la « charité de proximité ». Nous avons besoin de bras. Nous les avons et devons en chercher d’autres. Mais nous avons aussi besoin de moyens et de moyens financiers en particulier. Même si tout montre que la générosité de nos concitoyens se met un peu en berne, nous allons tout entreprendre pour susciter des dons. C’est aussi un chantier que nous avons le devoir de mobiliser.
Pour le reste, tout est prioritaire tant nous avons des projets à mettre en œuvre. Nous allons les traiter les uns après les autres. Dans la sérénité mais sans nous endormir.
Comptez sur moi pour réveiller des sommeils paralysants ! Et je crois que tous ceux qui sont dans nos rangs seront surpris de nos réalisations dans les années qui viennent.
6 – Vous êtes entouré d’une bonne et solide équipe. Comment allez-vous organiser votre action et sur qui allez-vous vous appuyer ?
Sur le Seigneur, d’abord. Je lui demande humblement de me donner le discernement et la paix du cÅ“ur. Ceux qui nous ont fait mal ne sont pas des ennemis. Eux aussi sont au service des pauvres. Nous leur devons la fraternité qui cimente plutôt que la division qui abîme. Et je sais que nombre d’entre nous prient Frédéric Ozanam pour qu’il nous éclaire et nous accompagne sur ce chemin parfois escarpé de la réconciliation.
En ce qui concerne notre équipe, elle est le fruit d’un fantastique élan de renouveau et de dynamisme. Elle entend se mettre, comme je le lui ai demandé, en « tenue de service » pour poursuivre dans la joie et la confiance nos deux missions fondamentales que sont la spiritualité et la charité de proximité. Et cette équipe entend entraîner dans son sillage tous ceux qui acceptent de travailler à ses côtés, d’où qu’ils viennent. Sans ressentiment et sans a priori.
Mais cette large équipe doit aussi tout faire pour que la Société de Saint-Vincent-de-Paul soit présente et active partout où on l’attend, et plus encore là où on a eu un peu trop tendance à l’oublier.
Je lui ai demandé de poursuivre avec ténacité l’action de valorisation et de reconnaissance que nous avons engagé avec Jean Cherville et Patrick Lefeubvre et que j’entends poursuivre sans faiblir. Parce que nous en recueillons les premiers fruits et que tout nous indique que nos Conférences et nos Départements constatent avec nous une réelle progression de notre présence de laïcs engagés dans l’Église au service des pauvres.
À nos côtés, une équipe de permanents au service de l’action. Elle sait que nous attendons d’elle l’efficacité qui permet aux bénévoles de bien remplir leur mission. Je ne doute pas que sous la houlette de notre Directeur Fédéral Benoît Durand elle poursuivra sa mission en veillant à ce que chacun d’entre nous fassions aboutir au mieux les propositions de Cap 2013.
Comme vous pouvez le voir, notre équipe est prête à aider chacun de nos membres à « Aimer, Partager, Servir », et c’est cette promesse que nous avions faite en nous engageant à « pacifier et rassembler » en nous présentant aux suffrages de nos amis.
À nous de tout faire pour leur montrer que l’action va au-delà des mots.
Dans l’espérance.
