La "lettre aux gens de bien" des jeunes d'aujourd'hui
La lettre avait été écrite par Ozanam en 1850, les jeunes bénévoles de la SSVP l'ont réactualisée pendant leur Université d'été à Dax en août dernier. Elle a été remise au Pape lors de son voyage à Paris.
- Lettre aux gens de bien d'aujourd'hui
1848-2008. Cent-soixante ans ont passé, sans que les accents de Frédéric Ozanam aient perdu de leur vigueur, sans que ses propos aient pris quelque ride. Ce message n'a rien perdu de son actualité, c'est-à -dire de son universalité. Les Conférences Jeunes de Saint-Vincent-de-Paul l'ont bien compris, qui, réunies au Berceau, dans les Landes, lors de leur Première Université d'été, les 22-23-24 août derniers, au lieu même où naquit le saint, ont su trouver des accents dignes de leur grand aîné dans la foi pour interpeller, à leur tour, les « gens de bien » de notre époque. Les temps ont changé, certes, et, avec eux, les catégories sociales auxquelles s'adressait le fervent fondateur des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul. Mais le fond du message, lui, reste, malheureusement, inchangé! La MISÈRE (le mot est écrit en lettres capitales dans le texte d'Ozanam) demeure, même si, trop souvent, nous lui substituons le terme trop pudique de précarité. Elle est là , à nos portes, et les jeunes nous invitent à ouvrir les yeux – les yeux du coeur.
On a dit aux gens de bien qu'ils avaient sauvé la France, l'Europe, et nous ne trouvons pas qu'on les ait flattés, car les gens de biens sont, à notre avis, la France même moins les égoïstes. C'est l'immense majorité des trente deux millions d'électeurs qui ont donné au pays son assemblée ; ce sont tous les agents de l'État, tous les citoyens qui se lèvent pour la défendre, pour défendre ses intérêts dans le monde, pour lutter contre tous les terrorismes. Mais il ne suffit pas d'avoir sauvé la France une ou plusieurs fois ; un grand pays a besoin d'être sauvé tous les jours. La Providence, qui a résolu de nous tenir en haleine, permet que le péril succède au péril. Vous allez et venez tranquillement sur vos lieux de vacances. Le danger des grèves et des manifestations n'est plus dans les rues, mais il s'est caché dans les quartiers difficiles, dans les écoles où se trouvent des enfants en difficulté. Vous avez écrasé les revendications : il vous reste un ennemi que vous ne voulez pas connaître : LA SOLITUDE, ce sida social. Des marginaux, de plus en plus nombreux, n'ont pas la force de crier et donc vous ne les voyez plus ; des personnes, de plus en plus seules, souffrent en silence et vous les oubliez.
Alors, gens de bien du 21ème siècle, tournez-vous vers l'ère nouvelle, réveillez-vous!
Gouvernants,
Vous qui travaillez à établir des lois et à organiser notre cité, nous vous appelons à rester attentifs à l'homme dans toutes ses dimensions. Les décisions que vous prenez vont toucher les personnes. Adaptez les moyens à ce que vous recherchez, en collaboration avec les structures qui travaillent sur le terrain afin que chacun soit respecté dans sa liberté. N'oubliez pas qu'une société civilisée se mesure à sa capacité à donner une place à tous, en particulier aux pauvres. Que vos idées et vos propositions ne servent pas à alimenter des querelles internes et la satisfaction de lobbies mais le bien commun et la dignité humaine, en premier lieu par la promotion du travail. Ne dites pas que l'argent ou le temps vous manquent devant les besoins de notre société car il vaut mieux faire imparfaitement que de ne rien faire. Vous qui avez plus de 50 ans, construisez l'Europe, sachez identifier les pauvretés de nos pays et vous unir pour les combattre.
Décideurs économiques, chefs de grandes entreprises et d'organismes financiers internationaux,
L'économie est au service de tous les hommes et non pas de quelques-uns. Veuillez tenir compte de l'homme et de sa dignité au sein de vos stratégies économiques. Pensez à rassembler, à accueillir l'autre plutôt que de l'exclure ou de l'opprimer pour toujours plus de profits. Prenez conscience de votre rôle dans la société de consommation : les biens sont au service de l'homme, l'homme n'est pas l'esclave des biens. Messieurs les décideurs économiques, la nature se meurt, nos ressources disparaissent, nos vies sont en danger. Merci de vous battre pour le respect de l'environnement et pour une saine gestion des ressources naturelles. Le créateur de toute chose vous en sera reconnaissant.
Ecclésiastiques et religieux,
Nous sommes pleins de gratitude devant la grandeur de votre engagement. Vous êtes les vigies des pauvretés et des souffrances. Sachez trouver des relais à l'intérieur et à l'extérieur de vos paroisses. Oeuvrez pour le rapprochement entre la cité et votre Église en étant porteurs de joie et de jeunesse d'esprit. Pour rompre les solitudes, attachez-vous à reconstruire une communauté de partage. Toutes les démarches pouvant rendre la foi plus accessible sont les bienvenues : formations, nouvelles technologies… Dans un contexte de mondialisation, essayons de bénéficier des expériences des Églises du monde.
Responsables d'associations,
Nous rendons hommage au dévouement dont vous faites preuve depuis tant d'années auprès des plus démunis. Mais nous avons parfois l'impression que vous vous éloignez de votre mission première. On assiste aujourd'hui à une explosion du « business de la charité ». Tout semble permis pour récolter des fonds. C'est à qui saura le mieux choquer les consciences ou susciter la pitié! Vous seriez bien inspirés de mettre en commun vos savoir-faire, vos compétences plutôt que de vous faire concurrence. Dans notre monde de plus en plus complexe, chacun doit savoir se mettre à sa place. Ne vous limitez pas aux actes, cultivez un « esprit de charité ». Remettez la personne au coeur de votre action : refuser la dépendance, c'est redonner à chacun sa dignité!
Chers amis, chers frères et soeurs en Vincent et Frédéric,
Nous sommes témoins, en prière et en acte, de l'amour inconditionnel que Dieu a posé sur chacun de vous. Si vous êtes beaux dans votre service, nous croyons que votre beauté naît du reflet de la bonté de Dieu en vous. Faites en abondance l'aumône de la tendresse de Dieu! Dans vos Conférences, soignez votre amitié. Soyez véritablement compagnons pour que cette fraternité s'étende aux plus pauvres. Que la prière précède et accompagne vos actions. Par elle, Dieu inspire et fortifie vos oeuvres. Aidant ou aidé, nous sommes tous égaux en dignité car l'aidant n'est en rien supérieur au bénéficiaire. Il se trouve juste à un moment donné dans une situation plus favorable qui lui permet de se donner. Mais son action ne peut être bénie que s'il trouve ce qu'il doit recevoir. L'aidant et le bénéficiaire s'élèvent en même temps grâce à cette rencontre. Oui, laissez-vous fasciner par votre action de vie amoureuse envers la nature humaine!
Coucou les jeunes,
Une petite bafouille juste pour vous dire que nous avons confiance en vous pour prendre en main notre monde. Qu’en pensez-vous ? Que pourrions-nous faire ensemble pour faire avancer le monde ? Êtes-vous d'accord sur le fait que l'union fait la force et que nous pourrons participer à un monde meilleur ? Te sens-tu concerné? Comment le ferais-tu ? Nous sommes tous doués pour quelque chose. Es-tu prêt à le mettre en oeuvre pour aider ton prochain, être à son écoute, savoir donner ton temps, donner confiance aux jeunes, visiter les malades, les personnes âgées, être attentif aux blessés de la vie, en souffrance dans notre temps?
Les Jeunes bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul
Le Berceau, Université d’été des jeunes, août 2008.
