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L'intellectuel

Une fée, ou plutôt la Grâce, s'est penchée sur le berceau de Frédéric à sa naissance.

Il est doué d'une intelligence exceptionnelle ; son esprit d'analyse et surtout sa capacité à synthétiser et à prendre du recul pour mieux entrevoir l'avenir sont prodigieux.

Sa mémoire, sa culture et son érudition sont encyclopédiques, sa curiosité, universelle. Ajoutons à ces qualités purement intellectuelles, une grande rigueur et une honnêteté au-dessus de tout soupçon, et nous avons affaire à un scientifique de haut niveau.

L'université d'ailleurs ne s'y trompe pas puisque OZANAM sera, à l'époque tout au moins, le plus jeune titulaire d'une chaire de la Sorbonne.

Son palmarès est flatteur : bachelier à 16 ans, il est docteur en droit et licencié es lettres à 23 ans, avocat à 24 (" profession où on fait mieux fortune à la fin si on n'est pas mort de faim au début "), professeur de droit commercial et docteur es lettres à 26, agrégé à 27 - il est reçu 1er à la première agrégation de littérature étrangère (on dirait aujourd'hui de littérature comparée) - avant d'être suppléant du professeur FAURIEL à la Sorbonne à 28 ans et pour finir titulaire à 31ans.

Nous sommes en pleine ère romantique et la langue de Frédéric en épousera le souffle et le lyrisme. C'est l'époque de LAMARTINE, HUGO, BERLIOZ, MUSSET, CHOPIN…

OZANAM parle couramment 6 langues : 4 langues vivantes (allemand, italien, anglais et espagnol) et 2 langues mortes (latin et grec). En outre il lit l'hébreu dans le texte et à un degré moindre le sanscrit.

Nous sommes donc devant un authentique intellectuel, savant, érudit, qui à côté de ces professions d'enseignant, avocat, chercheur et historien fut un journaliste reconnu, poète à ses heures et surtout un orateur brillant et convaincant, adulé de ses élèves et auditeurs qui se pressaient pour l'entendre.

Son œuvre considérable qui porte essentiellement sur les civilisations latines, barbares et germaniques, est à compléter d'une correspondance prolifique (plus de 1500 lettres retrouvées à ce jour) et d'une production journalistique importante : il a écrit dans l'Avenir, la Revue européenne, l'Univers, l'Univers religieux, l'Université catholique, mais surtout dans les Annales de la propagation de la foi (dont il fut le rédacteur en chef pendant de longues années) et enfin dans l'Ére nouvelle qu'il a fondée en compagnie du dominicain LACORDAIRE et de l'abbé MARET.

En réalité cette œuvre énorme pour une vie professionnelle d'à peine 17 années, qu'il estimait avoir à peine ébauchée, présente pour lui, moins un intérêt professionnel (encore qu'il vouait à l'université une admiration sans borne : " Je suis de l'Église et de l'université tout ensemble, et je leur ai consacré sans hésitation une vie qui sera bien remplie pourvu qu'elle honore Dieu et qu'elle serve l'état ") que militant et missionnaire : il avait déjà à 18 ans la vision d'une grande œuvre apologétique de réconciliation de la foi et de la science, de l'Évangile et de la liberté, de l'Église et du peuple.

Il s'était fixé pour cela un programme de travail colossal qui n'aura été qu'au service d'une seule et unique cause : la vérité du christianisme.